Zagreb d’un point de vue pan-européen : chômage, euroscepticisme et bain de culture

En tant que journaliste locale, on m’a confié la tâche d’écrire une courte note sur l’expérience de cinq rédacteurs pan-européens à Zagreb. Découvrir sa ville au travers de cinq regards nouveaux relève autant du travail que du plaisir. Ils avaient choisi des sujets très spécifiques qui, je l’ai compris après la première session de questions-réponses sur Zagreb, entraient dans la continuité de leurs intérêts professionnels ou de leurs expériences.
Les perspectives italiennes et allemandes
Prenons l’exemple de Francesca Rolandi qui travaille actuellement sur la cinématographie yougoslave à Milan pour sa thèse de doctorat. Elle a su faire jouer ses contacts aux festivals de cinéma subversifs de Zagreb et s'est focalisée sur la scène activiste de la capitale. « J’ai passé quelques mois à Zagreb l’année dernière et j’ai découvert une nouvelle forme d’activisme politique et social », raconte-t-elle. Francesca semble venir régulièrement dans les Balkans.

(Photo (cc) Pliketi Plok/ flickr/ pliketiplok.com/nedjelja/)
Christiane Loestsch, manager culturelle à la tête de l’équipe locale de cafebabel.com à Berlin, voulait écrire sur le système éducatif et sur le marché du travail des jeunes en Croatie. « Au vu de la situation économique, il est aussi difficile en Croatie que dans d'autres pays européens de trouver un travail lorsqu'on est un jeune diplômé », explique Christiane. « Mais ici, il y a des raisons particulières. On dirait qu’en Croatie il est nécessaire d’avoir un lien personnel avec son futur employeur. Une des personnes que j’ai interrogée m'a dit que c’était dû à la structure sociale instituée dans les années 1990. Cela m’a fait penser au manque de confiance des jeunes croates dans leur société avec, en parallèle, une situation de l’emploi qui empire à cause de la contingence. J’ai également trouvé intéressant que plusieurs jeunes m'affirment que l'entrée de la Croatie dans l'UE en juillet 2013 ne changerait rien à leur situation. »
La Croatie est-elle eurosceptique ?
C’est loin d’être un secret. En tant que membre de la tranche d’âge sur laquelle écrivait Christiane, j’étais bien obligée de confirmer le résultat de son enquête. Contrairement aux pays de l'UE, il est généralement difficile de trouver un emploi en Croatie et ce, quelle que soit votre éducation. La faute revient en grande partie à la corruption et aux erreurs économiques commis ces 20 dernières années qui ont endommagé le budget national de façon irréversible. (N’oubliez pas que l’ancien Premier ministre croate, en fonction pendant sept ans, est actuellement jugé pour fraudes). Ainsi, les raisons de cet euroscepticisme constaté par Christiane proviennent peut-être de cette méfiance générale à l’égard du système politique. Pour faire simple, les Croates font quotidiennement face aux abus de pouvoir des députés et autres hauts fonctionnaires. Ils pensent qu’avec ou sans l’UE, cette pratique perdurera.

(Photo © Christiane Loetsch pour Orient Express II par cafebabel.com)
Un autre aspect de l’euroscepticisme constaté par les Babéliens s'expliquerait par le malaise des Croates vis-à-vis des différents modèles de gestion économique des biens publics (tels que l'éducation et la sécurité sociale), qui seront adoptés lorsque le pays deviendra membre de l'UE. Le rapport de Francesca portait sur les manifestations à l'origine de la discussion sur la future marchandisation des biens publics. « Ces manifestations font partie d’un débat européen plus large et c’est l’une des idées principales de mes articles », déclare-t-elle. « Si l’activisme des années 1990 se focalisait sur les problèmes locaux (comme par exemple la lutte contre le nationalisme et la guerre, ou encore la promotion du féminisme) l'activisme actuel est enraciné dans un contexte européen et dans la volonté, citée par certains activistes, de préserver un accès égal aux biens publics, comme en Italie. »
D’autres journalistes de cafebabel.com ont préféré explorer les avantages culturels de la vie à Zagreb. Plamena Slavcheva, manager culturelle bulgare vivant en Suède, a fait un certain nombre de recherches sur la quarantième édition du festival mondial du film d’animation, Animafest. Plamena a notamment interviewé Daniel Šuljić, le directeur artistique du festival, et Borivoj Dovniković, un pionnier de l’animation locale. « Prendre part à cet évènement était une expérience unique. J’ai vraiment ressenti cette atmosphère si particulière qui rassemble les gens des quatre coins du monde unis par la passion de l'animation et le savoir-faire croate dans ce domaine », raconte-t-elle.

(Photo : Ormanent duse, court-métrage croate d'Irena Jukic-Pranjic courtoisie de© Animafest)
Agata Jaskot, éditrice de la version polonaise de cafebabel.com, a voulu donner à ses lecteurs un aperçu des centres culturels qui sont également au cœur de la vie nocturne de Zagreb. Accompagnée par le photojournaliste/photographe parisien Julien Faure, elle est partie en mission pour décrire les éléments animant le centre culturel Medika (un ancien squat autonome), le Centre Étudiant (qui propose une offre culturelle plus progressive), et un vétéran des clubs indépendants : le Močvara. S’ils diffèrent tous en matière de style et d’organisation, ils se rejoignent en revanche sur la question du rôle du budget municipal. Nous autres, les résidents, nous avons toujours l’impression que les endroits les plus intéressants sont sur le point de fermer.
En général, lorsqu’on leur posait la question, les journalistes décrivaient Zagreb comme une ville intéressante culturellement et dont les habitants avaient l'air ouvert et serviable. De nombreux sujets mériteraient d’être traités à Zagreb mais le débat devient plus intéressant quand il est placé dans le contexte européen. « Zagreb est en plein changement », comme le dit si bien Francesca. Elle a bien raison, et je me demande ce que les Babéliens ont constaté d'autre.
Lire les dossier consacrés à Zagreb en 2011 ici et en 2012 ici
« La Croatie entre dans l'Union européenne : challenge et possibilités » - consultez le poster lié au débat à Zagreb organisé par les amis de Kulturpunkt.hr le 30 mai 2012


