Serbie : la fuite des cerveaux et l'énergie sociale
Un groupe de 5 journalistes - un Espagnol, un Français, un Britannique, un Allemand et un Bosnien - ont passé 5 jours à Belgrade à la recherches d'histoires croustillantes. Bien que la rue de bohème, Skadarlija, soit la plus attractive pour les touristes, elle n'a pas particulièrement impressionné les Babéliens (qualificatif attribué aux collaborateurs de cafebabel.com). Non, ce qui a captivé leur attention, c'est plutôt le centre culturel de Bigz, que certains ont fréquenté toute la nuit.
Bigz : une vie alternative
De l'extérieur, le bâtiment de 7 étages semble être abandonné. Et une fois à l'intérieur, l'impression ne disparaît pas : le couloir et les escaliers sont à peine illuminés, l'odeur qui règne fait penser que chaque recoin fait office de toilettes et l’ascenseur exigüe n'a pas l'air vraiment sûr.

(Photo : à Bigz © Alpin Charbaut pour Orient Express Reporter II par cafebabel.com)
Mais qu'est-ce qui leur plaît, vous vous demandez ? Une fois arrivés dans les étages supérieurs, vous remarquerez que l'endroit n'est pas du tout abandonné, bien au contraire. Chacun des anciens bureaux de ce qui était auparavant l'une des plus grosses maisons d'édition de l'ex-Yougoslavie est à présent occupé par de jeunes artistes qui attirent les jeunes en organisant des représentations musicales ou simplement en jouant de la musique. Au final, il y a tout un tas de petites boites de nuit alignées dans un même endroit. Et il y a même quelqu'un qui vend du pop corn dans le couloir. Dernièrement, c'était le centre de la scène culturelle underground de Belgrade. Bigz n’est pas la raison pour laquelle Belgrade est surnommée « la capitale de la vie nocturne ». Mais des endroits de ce type devraient définitivement être inclus dans les guides de visites de Serbie. J'ai réalisé que la scène underground peut être plus intéressante encore pour les étrangers que les péniches de turbo-folk, qui, d'ordinaire, sont le symbole de la vie nocturne à Belgrade.
Le débat de la fuite des cerveaux en Serbie
Cependant, Orient Express Reporter 2012, c'est plus qu'emmener les journalistes dans les différentes boites de la ville et leur présenter les gens qui pourront les aider avec leurs histoires. Pour la première fois, cafebabel Belgrade a organisé un événement le 10 mai. Je ne sais pas s'il s'agissait de la chance du débutant ou si le boulot avait été vraiment bien fait, mais l'événement sur la fuite des cerveaux intitulé « Should I stay or should I go » a attiré plus de personnes que prévu. À peu près 50 personnes étaient présentes et certaines d'entre elles ont assisté au débat de 90 minutes, debout.

(Photo : © Cedric Audinot)
Les gens ont participé activement et la plupart était d'accord sur le fait que les jeunes devait quitter la Serbie s'il voulait un jour avoir un avenir un peu plus prospère. L'un des intervenants, le réalisateur serbo-canadien Boris Malagurski, n'a pas vraiment réussi à convaincre l'assistance qu'il fallait absolument rester dans son pays natal et se battre pour avoir un avenir meilleur. Tout simplement parce qu'il n'avait pas de proposition concrète à suggérer. D'autre part, le blogueur Nebojsa Radovic aka Eniac, pense que l'on ne peut accéder à une carrière professionnelle en Serbie que si l'on est impliqué dans la vie politique.

(Photo : © Aca Todorovic)
L'opinion générale exprimée mettait en avant le fait que les politiciens s'en fichaient (ou n'avaient aucune solution efficace) pour le chômage croissant des jeunes. L'annulation de dernière minute de l'un des intervenants, Milica Delevic, le responsable du bureau de l'intégration européenne de la Serbie, a certainement contribué fortement à ce sentiment.
L'activiste bulgare Stanimir Panayotov a partagé les expériences sur le phénomène de la fuite des cerveaux dans son propre pays. Selon lui, le fait de considérer le concept de fuite des cerveaux comme négatif est déjà un signe de nationalisme, dans la mesure où cela exclut la mobilité de la main d’œuvre. Au final, il n'a pas été possible de trouver une réponse à la question du sujet mais la majorité de l'audience a exprimé sa volonté de participer à nouveau à une réunion qui permettrait de trouver des solutions, d’empêcher la fuite des cerveaux et de diminuer d'une certaine manière le sentiment de désespoir qui règne chez les jeunes serbes.
Si quelqu'un m'avait demandé avant l'événement quelle aurait été la réponse, j'aurais sûrement dit que seulement une poignée de « supporters », principalement des amis et de la famille, seraient peut-être venue. Dans un pays qui a été vidé de son énergie sociale, on ne s'attend à aucune initiative. Mais tout comme les jeunes du centre culturel de Bigz souhaitent établir un univers qu'ils s'approprient eux-mêmes, l'audience du débat a montré une fois de plus l'intérêt de créer un avenir meilleur. Voilà donc ce que j'ai appris sur la Serbie durant le projet de Orient Express Reporter.
Lire les dossiers consacrés à Belgrade en 2011 ici et en 2012 ici

